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06 mai 2015

Dans la jungle a la recherche d'or dans un vieux compoir de la France tropicale: la guyane...

L'or, ce métal doré, malléable, dense (19,3), inoxydable, a, depuis la nuit des temps, susciter la convoitise des hommes.
Pourtant il ne sert pratiquement a rien industriellement, a l'exception de ses propriétés inoxydables et de super conducteur électrique. Il ne vaut que par sa rareté et par la valeur que leur donnent les gens, notamment pour thésauriser et épargner.

La Guyane française est le territoire français ou les roches sont les plus anciennes (environ 2 milliards d'années, paleo-proteozoique pour les initiés). La présence d'or est plus importante dans ces roches anciennes que dans les roches plus récentes que l'on trouve en France métropolitaine. A cette époque, le bouclier guyanais se sépare du bouclier Ouest Africain au niveau de la dorsale Nord Atlantique (théorie de la tectonique des plaques). Il s'en suit une activité volcanique importante d'arc volcanique. Les dépôts sédimentaires de ces volcans vont générer ce que les géologues appellent les ceintures de roche verte (greenbelt). Ils peuvent localement être très enrichis en or, jusqu’à plusieurs dizaines de grammes par tonne. De nos jours, les mines d'or qui s'ouvrent ont une teneur de or autour de 1 g/t.

La présence d'or est connu en Afrique de l'Ouest depuis le temps des romains. Le Mali, le Ghana et le Burkina Faso sont aujourd'hui d'importants producteurs d'or en Afrique.

La présence d'or en Guyane était déjà connu depuis le XIXe siècle mais dans les années 1990, d'importants prospections et inventaires ont été réalisés par le BRGM, le service géologique français. Ils ont permis de confirmer la présence d'indices miniers significatifs. Les tentatives industriels ont tournées court au tournant du millénaire face a la chute des cours de l'or mais un certain nombre d'exploitations artisanales exploitant l'or libre dans les alluvions des rivières dans la jungle a l'aide de lance a eau et tri gravitaire au rendement médiocre ont perduré. Parallèlement un grand nombre d'orpailleurs clandestins d'origine essentiellement brésilienne, se sont massivement implantés dans les zones propices. Leurs moyens sont rudimentaires mais ils sont bien organisés en réseau (mafieux) et utilisent parfois le mercure, très polluant, pour améliorer les taux de récupération d'or. Les Brésiliens travaillent en Guyane Francaise plutôt que dans leur pays d'origine qui a pourtant du potentiel car notre police est plus "délicate" que la leur.
Officiellement il sort chaque année environ 1 tonne d'or légal et a peu près 1 tonne l'or illégale . Officieusement on pense qu'il en sortirait jusqu’à 10 tonnes...
Pour information, il sort au Surinam environ 22 tonnes d'or par an pour un contexte géologique similaire. Curieux...
Appareil de tri gravitaire (ou sluice) d'orpailleurs clandestins

L'état français tente de faire respecter le droit dans la jungle mais le territoire est immense et incontrôlable. De temps en temps, une compagnie de militaires investit la foret. Les orpailleurs sont généralement prévenus a l'avance par leur réseau sur Cayenne (maîtresse brésiliennes des militaires, etc...) et au moment ou les militaires arrivent, tous les clandestins se sont volatilisés dans la foret, en emportant tout ce qui est transportable. C'est comme ça qu'a un certain moment, une quarantaine de militaire est venu accrocher leur hamac dans notre carothèque.
Les bidasses de retour d'une mission clando dans mon camp

A peine 1 jour après leur départ, pick up et quad des clandestins sont revenus chargés sur leur site d'origine. De retour de vacances en quelques sortes... Peu de temps ensuite, la foret se transforme en un vrai lieu de vie, avec bar, magasin et discothèque démontable.. Ça se passe comme ça au FarWest guyanais...

Vers 2008, une grosse société industrielle a essayé de monter un projet sur un important gisement potentiel a proximité de Cayenne (site camp caïman). La gisement est riche et facilement exploitable. Le projet avait obtenu toutes les autorisations requises mais au dernier moment, sous pression des organisations écologiques, Nicolas Sarkozy a décidé d'annuler le projet qui était trop proche d'un parc naturel. Exit les projets industriels... Pourtant interdire les exploitations industrielles est laisser la place aux exploitants illégaux les soucis environnementaux sont bien faibles et leurs cotisations sociales, par définition, nulles. Les projets industriels privilégient un processus de récupération par cyanuration. Ce mot fait peur mais en réalité il est bien plus facilement contrôlable (simple neutralisation par molécule hyper oxydante) et permet un taux de récupération de l'ordre de 90 %. Curieuse vision politiquement correcte de l'environnement ou comment les écologistes peuvent etre un pouvoir de nuisance... écologique... sans le vouloir et par ignorance technique. 
Me voila en Guyane , pour le meilleur et surtout pour le pire, dans un camp en pleine foret pour faire l'évaluation industrielle d'un nouveau projet minier, cherchant encore sa voie entre artisanat et professionnalisme. L'histoire tourne en eau de boudin: end of story...

Mon camp dans le foret


Épave d'un avion qui n'ira pas plus loin

Et la Guyane dans tout ca: la Guyane est un territoire relativement peu peuplé, a peine plus de 200 000 habitants, certainement bien plus en incluant la population illégale. C'est une très ancienne colonie qui ne s'est jamais véritablement développée, son climat étant peu favorable et propice aux maladies. Ancien bagne (Dreyfus y passera plusieurs années par exemple), c'est surtout aujourd’hui le grand centre spatial européen du fait de sa proximité a l'équateur et sa large fenêtre sur l'océan.
Cayenne ressemble un ancien comptoir colonial nonchalant. Une petite ville loin d’être saturée comme peut l’être Fort de France ou Pointe a Pitre. La différence notable avec les Antilles, c'est l'absence de domination numérique d'un groupe ethnique. La Guyane est une mozaique de populations, outre la population créole et métropolitaine, on retrouve de forte population de chinois (ils tiennent presque tous les commerces de détails en ville et parle souvent a peine le français), laosien, surinamien/taquitaqui, amérindiens (ils sont bien peu nombreux...), brésiliens... Le communautarisme puissance 2 avec en prime de nombreuses zones de non droit et de nombreux bidonvilles...
La pointe des Amandiers: et surtout ne fait pas caca sur toi, ok?

Une vieille battisse coloniale au centre ville
La cote au niveau de la place des Palmistes a Cayenne

La Guyane est surtout connu pour sa biodiversité extrême, l'intérieur des terres étant resté très préservé. Chaque expédition scientifique ramène a tous les coups son lot d’espèces inconnues.
Si la jungle est la zone la plus riche, les zones humides côtières le sont également. C'est une zone de frayage particulièrement riche en poisson, au plus grand bonheur des habitants qui font régulièrement des pêches miraculeuse en posant des filets permanents.
Je profite de mon passage a Cayenne pour visiter le marais de Kaw, haut lieu des Caïmans.
Le marais de Kaw vit au rythme des saisons des pluies. En saison humide, l'ensemble est couvert de 0.5 a 6 m d'eau essentiellement douce. La végétation, flottante, crée l'étrangeté du paysage. Le bétail, un troupeau important de Zébu, peuple la zone et nage parfois. Surréaliste...

Entrée du marais de Kaw


Zébus évoluant dans le milieu aquatique
Végétation flottant du marais de Kaw

En saison sèche (Septembre Octobre), ces zones humides s’assèchent et laissent place a un pâturage sauf dans le lit de la rivière. Le village de Kaw est complètement isolé et accessible uniquement en pirogue: un village du bout du monde en bref. On m'avait dit de me méfier mais j'ai trouvé les habitants, certes nonchalants, mais très sympathiques. Il en reste pas moins que par de nombreux points, cela ressemble a un village perdu d'Afrique ou de Haiti avec le travers des aides au développement mal gérées: ici voirie et égout préparé mais revêtement jamais terminé. L'argent aura sans doute disparu...
Voirie a l'africaine ou a la haïtienne (au choix)

Le clou du spectacle est bien évidemment les caïmans que l'on détecter la nuit avec leur yeux rouges, souvent un seul d.ailleurs. A croire qu'il vous surveille que d'un seul œil! En saison des pluies, ils sont difficiles a trouver car ils peuvent aisément se cacher. S' ils ont bien chassé auparavant et sont repus, ils peuvent rester une vingtaine de jour caché entre 2 eaux. Ils ne sont pas couverts d'écailles mais d'une peau écailleuses, assez douce d'ailleurs

 Petit caïman capturé

Je finirai cette petite note sur la Guyane en vous mentionnant l'histoire des Picolettes de Guyane. Non ce ne sont pas des nanas qui picolent mais un petit oiseau passereau qui est très réputé pour son chant, notamment en Guyane et au Surinam a tel point qui fait l'objet de concours et que les spécimens les plus talentueux peuvent valoir jusqu’à 15 000 euros. Quand ils vont en foret, les guyanais emportent avec eux un individu en cage afin qu'il attire ses congénères qui seront ensuite piégés. Pauvres bêtes...



Piège a Picolette

Pas de coup de cœur pour la Guyane mais peut etre est ce les circonstances, tant pis! Maintenant en route vers de nouvelles aventures!




03 mars 2015

Le plat pays... qui est le leur...

En gros, depuis Winnipeg jusqu’à Calgary, le Canada, c'est des prairies, que des prairies! La partie la plus riche de l'Alberta est entièrement couverte de prairie. Calgary est déjà à plus de 1000 m d'altitude. L'Alberta correspond a la zone des herbes courtes.

Géologiquement, il s'agit d'un grand bassin sédimentaire ancré entre le bouclier canadien cristallin a l'Est et les montagnes rocheuses a l'Ouest. Le bassin est grand a l'échelle américaine, donc gigantesque a l’échelle européenne.
A l’ère dévonienne (il y a environ 400 MA), les montagnes rocheuses n'existaient pas encore et l’océan pacifique arrivait directement dans ce qui est aujourd'hui l'Alberta qui accueillait tous les dépôts en provenance du continent.
Puis durant la fin du jurassique et au Crétacé (il y a environ 70 MA) surgissent les montagnes rocheuses sous forme de multiples chevauchements qui enfouissent en profondeur les sédiments du Dévonien. 
Au crétacé les rivières s'écoulent vers le Nord, entaillent les couches géologiques dévoniennes et déposent des sables alluviaux dans la région de l'Athabasca.
La matière organique piégée augmente en température et en pression, entrant ainsi dans le fenêtre a huile permettant la transformation en pétrole. Ce pétrole conventionnel (a ne pas confondre avec le pétrole de schiste qui est resté sur place dans sa roche mère faute de porosité) a ensuite migré vers le Nord Est vers des pièges classiques tel que des réservoirs récifaux voir incidents salins. Une partie de ce pétrole a continué sa route pour se piéger, a proximité de la surface, dans les paléo-sables alluviaux de la rivière Athabasca. La, les molécules les plus courtes se sont dégradés ne laissant que les chaines longues de type bitume ainsi que d'autres molécules a base de benzène, de plus en plus visqueux. Ces sables bitumineux font du Canada le 3e pays mondiale pour ces réserves en hydrocarbures accessibles.


Les sables bitumineux, qu'est ce que c'est? Un sable noir qui ressemble a un gré plastique. Il contient 10 a 15 % de bitumes, 5 % d'eau, 75-80 % de sables et le reste sont des argiles.
Leur qualité dépendra de la teneur en bitume et de la teneur en fine (ou argile) qui font générer des déchets lors de la transformation du sable bitumineux en huile apte a devenir du pétrole de synthèse.


Il existe 2 techniques dominantes:
  • La technique minière lorsque que la ressource est proche de la surface. Une banale excavation du sables par pelle mécanique et camion Dumper géant. Le minerau  est ensuite traité par le process Clark nécessitant beaucoup d'eau (2 a 4 Litre d'eau par baril de pétrole produit) et d'energie (environ 20 a 25 % de l'énergie générée). Pres de 90% du bitume de la roche est récupéré. En surface, elle nécessite la création de grands bassins de rétention ou parc a résidu qui seront durablement pollué (hydrocarbures, benzene, métaux lourds...). Des réhabilitations de terrain existent. Elles ont un certain succès même si la couche de terre apportée est parfois insuffisante et les espèces plantées ont des problèmes lorsque que leurs racines traversent la couche saine.


Les pelles d'excavation géante autrefois utilisées dans cette industrie


Roue excavatrice, raffinerie de transformation (a gauche), terrains restaurés (a droite)


  • La technique in situ SAGD (Steam assisted gravity drainage) utilisé quand la ressource est profonde, homogene et épaisse. Elle consiste a injecter de la vapeur dans un forage afin de diminuer la viscosité des sables bitumineux. Ce forage est coupé a un forage de drainage parallele qui servira a pomper le bitume mobiliser (environ 15% du bitume de la roche). Cette technique a l'avantage d avoir une faible emprise au sol et un faible impact environnemental en surface
Aujourd'hui, cette industrie est en difficulté car il s'agit d'une industrie de volume avec des marges relativement faible. Le coût de revient d'un baril de pétrole issu de la filière Sables bitumineux est d'environ 60 $, un peu plus pour la technique minière.  Elle n'est plus rentable au cours actuel du pétrole et c'est exactement ce que cherchait l'Arabie Saoudite ne faisant baisser les cours du pétrole: tuer la concurrence non conventionnelle et moins rentable pour conserver ses parts de marché.
Reste que c'est une industrie au bilan carbone très négatif et que les infrastructures en pipeline ne sont pas suffisante pour une production massive vers les raffineries texanes ou d'Asie. Néanmoins et malgré son impact environnemental et sauf révolution technologique drastique, ce type d'énergie exploiter dans le futur si les consommateurs veulent maintenir leur mode de vie.
Pensez donc déconsommation si vous êtes contre les sables bitumineux. Allez hop hop! Transport en commun, véhicule électrique, covoiturage, télétravail, vacances a proximité et vélo! A titre personnel, je n'y suis pas particulièrement favorable et je n'ai jamais été un bon soldat de la société de consommation mais l'étude de la problématique environnementale de ces mines, d'un point de vue eau souterraine (invasions saline profonde, modélisations diverses et autres idées saugrenues)  a été un sujet d'étude tout a fait passionnant. Merci toto!

Laissons le pétrole a feu JR ewing et repartons dans les plaines de l'Ouest... tagada, tagada...
Je vous ai parlé du Dévonien. Le Dévonien est une des périodes géologiques qui ont vu la présence des dinosaures. A cette époque, l'Alberta est une zone d'estuaire et de marais cotier. Un environnement parfait pour pieger les restes de fossiles. Non pas que les dinosaures n'aient pas vécu au milieu du continent mais qu'au milieu des continents, les fossiles sont érodés par le temps. Il y avait donc surement des bestiales bien plus terribles que le Tyranosaurus Rex sur terre. Par contre, celui ci était bien présent en Alberta.

Ah non, pas celui la... pardon...


Ou ce dinosaure, sur site. Trouver de tels fossiles n'est pas courant mais les petits fragments d'os le sont bien plus mais c'est sur que c'est moins impressionnant.

Ces fossiles s'accumulent dans des formations géologiques sablonneuses bien stratifiées qu'on appelle BadLands. Pourquoi ce nom de terres mauvaises: parce qu'elles sont non propices a l'agriculture (peu de sol) et sans eau a proximité sauf au fond des canyons.
Bien qu'ils ne soient toujours pas fertiles, ces canyons ont façonnés des paysages magnifiques. 
Paysage des badlands a la fin du printemps

Hoodoo (ou cheminée de fée) 

Les prairies, c'est aussi a l'origine le territoire de chasse des first nations. Avant l'arrivée des européens, on estimait a 50 a 70 millions de bison dans les prairies. Ils sont l'alimentation des tribus amérindiennes qui nomadisent en Alberta, notamment les Blackfoots. Ils chassent a la belle saison et se réfugient au pied des montagnes rocheuses en hiver pour bénéficier du Chinook, ce puissant vent effet de foehn chaud.
Lorsque les colons arrivent, ils massacrent systématiquement les bisons, pour leur fourrure et parfois juste par amusement ou dans le but de remplacer les prairies par de champs.
Les amérindiens étaient invités a devenir fermier mais on leur interdisait de s'équiper correctement. Ils furent ensuite parqués dans des réserves, de plus en plus réduite puis acculturé a l’école britannique.
Aujourd'hui les first nations sont nombreux a être réduit a la mendicité et souvent passablement alcoolisé en ville. Dans les réserves, ils ont leur propre police et les écarts de conduite n'ont pas lieu.
Ils organisent leur grande réunion annuelle Pow Wow, faite de danse costumé, de chant et de percussion: tres impressionnant


Aujourd'hui, les amérindiens font partie intégrante de cette culture cowboy stempede, celle des fermiers et des rodéos! Yeehawwwwwww!



Alberta, Columbie britannique, on pense tout de suite aux montagnes rocheuses. Pourtant, malgré leur apparente austérité, les prairies peuvent avoir un véritable charme, notamment dans les pied monts des montagnes rocheuses.

Aurore boréale dans les prairies au Nord de Calgary (Merci Christy Turner pour la photo)

30 juin 2013

Les mines du commandeur des croyants

La France n'est plus à proprement parlé un pays minier puisque qu'elle a décidé d'exporter sa pollution chez ses voisins moins regardant. Not in my backyard...
Le roi du Maroc est par contre beaucoup moins regardant sur ces problèmes et le pays possède certaines zones minières à potentiel intéressant qui sont autant d'objets scientifiques pour le géologue.
Plomb, zinc, cuivre, étain, manganèse, phosphate (plus des 2/3 des réserves mondiales...) mais presque pas d'or. Pas grave, franchement l'or ça sert à rien sauf à faire le bonheur des spéculateurs... Ah si, le l'or, il y en a sans doute dans les Reguibats mais manque de bol, la zone est partiellement minée et contrôlée par le front Polisario
En route donc pour le royaume du commandeur des croyants, en route pour le Maroc et la région de Ouarzazate
La région de Ouarzazate est située au Sud du Maroc, dans une zone largement semi désertique qui ne doit la vie qu'aux montagnes environnantes et aux rivières qui dévalent leurs pentes...
Au Nord du Haut Atlas, les précipitations sont encore abondantes. Les cols les plus élevés ont même des aspects alpins et l'on devine avec les IPN de bord de route qu'en hiver, la neige doit largement s'accumuler...
Vallée verte du flanc Nord du Haut Atlas

Le contraste est saisissant sur le flanc Sud du Haut Atlas. En dehors des vallées vertes arrosés qui forment comme une serpent vert, le sol est quasiment inexistant et la roche stérile affleure directement.
Vallée de Dadès, au Sud du Haut Atlas, et ses structures cyclopéennes en grès. Sur la dernière photo, le petit Coulibaly Keita ou bien le petit Maiga Touré, je sais plus un type du Mali. Dire n'importe quoi: check!

L'architecture de ce pays berbère est assez particulière puisque l'habitat traditionnelle se compose de maison en argile formant une cour ramassée bordée de tours à chaque coin. On les appelle Kabash. Aujourd'hui la plupart de ces Kabashs sont abandonnées et plus ou moins en ruine mais cela donne à ces vallées un aspect d'anciennes cités caravanières des 1001 nuits...
Kasbah traditionnelle au coeur de la vallée de Dadès
Pas besoin de sèche linge au Sud Maroc, c'est ça aussi...

Et les mines et minéraux dans tout ça? La mine la plus célèbre du Maroc est la mine d'Imiter qui produit principalement de l'argent (amalgame argent-mercure qui fait le bonheur de collectionneur) associé à un peu de sphalérite (zn) et de galène (Pb). La genèse du minerais n'est pas bien comprise. On sait que la zone correspond à un hemi-graben à jeu cisaillant, qui est en bordure d'un massif protérozoïque en contact avec un bassin sédimentaire. Hydrothermalisme? MVT? des idées...
En attendant l'Argent y extrait à une teneur autour de 400 g/t associé à de l'arsenic et du mercure. Il parait qu'il est traité (?). Le résidu de traitement est rejeté dans un énorme bassin à ciel ouvert qui semble allègrement gerber de temps à autre. L'environnement n'est visiblement pas une priorité de la société. Mauvais calcul: l'eau est rare dans ces régions, et l'hydrogéologie locale rend l'eau très vulnérable à la pollution. Le pompage industriel fait baisser les nappes et assèche les puits des villageois. Je crois que la présence permanente de militaires équipés de matériel anti-émeute n'est probablement pas étranger aux sauts d'humeur du bon peuple local...

Le parc à résidus de Imiter

Autre temps, autre mine. La mine de cuivre de Bouskour, chalcopyrite essentiellement associé à de la sphalérite, la galène et l'arsénopyrite sous forme de filon kilométrique...
En arrivant sur site, on aperçoit une très belle donne dune grise claire qui tranche dans le paysage. Seulement cette dune un résidu de flottation finement broyé et très chargé en arsenic... Le vent l'emportera...
La mine a été exploitée par des français dans les années 60 où les normes environnementales étaient... approximatives. La société locale souhaite la réouvrir et le potentiel est certain.
Vue sur les caisses de carottes (moderne), sur l'ancienne usine abandonnée et la dune à résidus (dans ce cas précis, le terme dune est plus approprié que le terme parc à résidu. Magique et toxique...

La flottation, qu'est ce que c'est? C'est un procédé de séparation de grains minéraux à partir de poudre de roche finement broyée et utilisant le caractère hydrophobe ou hydrophile des roches, et leur densité. Associé à un réactif, on injecte des bulles et les particules intéressantes se lient à l'air, remontent et sont récupérées par débordement, ou au contraire reste au fond.
Système de flottation sur la mine d'Imiter

Autre style de mine: une mine sédimentaire, la mine de manganèse d'Imini. A la manière des gisements de fer rubané, le manganèse s'est déposé dans des océans anoxiques lors d'une période d'apparition de l'oxygène appelée archéen en liaison avec des courants de remontée d'eau profonde (upwelling): front redox...
Imini est un gisement secondaire. Le gisement originel a été érodé et le résidu s'est concentré dans des exo-karst.
L'exploitation est très archaïque et le fait que le minerai (un oxyde de manganèse appelé pyrolusite) soit très salissant donne un air de Germinal à la zone.  Pire, le traitement du minerai génère des poussières dans une usine qui n'est pas en surpression. Le résultat est un dépôt sur plusieurs centaines de mètres d'une poussière noire qui recouvre bâtiments et sol naturel. Heureusement cette poussière est non toxique.

Paysage autour d'Imini: le Noir correspond à la zone artificiellement impacté par les poussières de manganèse: si l'on gratte un peu, on retrouve un sol brun

Bâtiments industriels couverts d'une poussière de manganèse

Heureux le roi du Maroc d'avoir un tel potentiel minier... Encore plus heureux serait le peuple marocain lorsque ces ressources seront exploitées de façon plus efficace en respectant le travailleur et l'environnement

L'environnement marocain n'est de toute façon pas si dégradé. Dans cette zone de Marrakech/Ouarzazate, de nombreuses cigognes se sont installés sur le toit des maisons et en haut de minaret. Les cigognes semblent préférées le chaleur du Maghreb et sédentarisent de plus en plus. C'est les Alsaciens qui vont pas être contents!
Nid de cigogne installé au sommet d'une minaret

26 novembre 2012

Andalousie: l'été qui n'en finit pas

34 ans: Aléas économiques, corporatismes et rigidités du système français m'ont remis sur les bancs de l'école, parmi la génération Y et les professeurs émérites perchés sur leur tour d'ivoire...
Dure épreuve pour qui a vécu une certaine liberté... 2012 n'est décidément pas une année brillante!

Après un petit tour dans les Cévennes camisardes, me voici en route pour l'Andalousie, pour un été qui n'en finit pas...,
pour ses bassins sédimentaires, ses complexes métamorphiques, ses plages, son soleil et son gros rouge qui tâche!

Malaga: ma escadron Y et moi sommes déposés à Malaga, un aéroport surdimensionné au regard de la ville mais qui doit se convertir en été en véritable tête de pont vers le soleil pour les Allemands et les Anglais.
Ça sent bon les vacances... Ah oui c'est vrai on est là pour bosser.

Ce qui est impressionnant en traversant l'Andalousie, ce ne sont pas les plages ni les ruines mazorabes mais les champs à perte de vue de serres couvertes de bâches plastiques plus ou bien organisées.
L'Andalousie est véritablement le potager de l'Europe du Nord. Le soleil étant ce qu'il est dans cette partie méridionale de l'Europe, les légumes, tomates en tête, y pousse toute l'année sous serre généralement en culture hors sol. Et ces serres sont largement travaillés pour les aventuriers sub-sahariens, nouveaux esclaves modernes venus chercher "fortune" dans l'eldorado européen.
Ces champs de plastique sont visibles depuis les photographies satellites. Si vous tapez sur Google Earth Alméria, vous verrez à l'Ouest  une de ces zones.
Ceci n'est pas des champs mais une mer de bâches plastiques

L'Andalousie, c'est aussi une diversité géologique certaine. D'un côté, les grands complexes métamorphiques liés pour faire simple à la compression de la plaque africaine et de la plaque européenne: pas de minéralisation très impressionnante mais un minéral très caractéristique que l'on appelle Andalousite (car décrit pour la première fois dans cette région). Ce neosilicalicate d'alumine est un marqueur du métamorphisme basse pression moyenne-haute température très connu des géologues. Ce minéral est exploité pour réaliser des briques réfractaires de four résistant à de hautes températures.
En blanc, le minéral d'andalousite 

Plus petit, des petits bâtonnets noirs d'andalousite dont la section forme une croix et de l'on appelle chyastolite

L'Andalousie est une région subissant à la fois la fois l'influence de compression afro-européenne caractérisé par la forme en fer à cheval correspondant à un arc de subduction pincé et d'extension de la mer tyrénienne... Houla vous êtes perdu. Ok j'arrête!
Paysage andalous d'arrière pays alternant bassins sédimentaires et massif métamorphique.

C'est dans ce contexte apparaisse des gisements intéressants de marbre qui n'est rien d'autre qu'un calcaire soumis à une certaine pression et à une certaine température et qui fera de bonheur de votre salle de bain.
Une carrière de marbre près de Bédar, avec ses blocs découpés en cube, technique si caractéristique de cette industrie et son village de mineur en contre bas 

Il y a environ 5,7 Ma, durant un étage géologique que l'on nomme Messinien, le niveau de la mer s'est brutalement abaissé,provoquant la précipitation de gypse et plus loin de sel. Ces couches, légères, tendent à glisser et former des gondolements et des remontées que l'on appelle diapir. Ces diapirs sont très recherchés par les compagnies pétrolières car ils génèrent classiquement des pièges à pétrole.

Une falaise de gypse, un sulfate de calcium, ici massif et macle en fer de lance à la base puis se développant en excroissance en forme de champignon que l'on appelle super-dôme.

Racines de super-dôme de gypse. La roche est t elle vivante? En tout cas, parfois elle pousse comme une plante

Le gypse est une substance économique principalement utilisée pour faire de plâtre en comme adjuvant à certains bétons. La Seine & Marne possède un gisement particulièrement pur utilisé pour des plâtres spéciaux. Seine & Marne indépendante, oui, je le dis! Vite vite!
Dalle structural de gypse, tout beau tout propre pour une exploitation

Les bassins sédimentaires se sont remplis ensuite de dépôts détritiques (sables, galets, argiles...) formant formant de belles figures sédimentaires témoignant de la brutalité des dépôts. Amis pétroliers, est ce que la notion de topset et bottomset vous disent quelques choses dans vos études géologiques?

Un magnifique Roll-under, une structure d'étirement de sédiments encore mous

Dépôts sédimentaires brutaux... Pas besoin d'aller chercher dans les ages géologiques pour apprécier le phénomène. L'Andalousie est régulièrement victime de pluies torrentielles. Quelques jours avant notre arrivée,   des pluies diluviennes ont fait des dégâts considérables et plusieurs morts. On est vraiment à la frontière de la confortable Europe.
Une voiture emporté par les pluies diluviennes

L'Andalousie a une très belle histoire de carrefour des civilisations....ibères, carthaginois, romains, vandales, arabes, juifs, chrétiens... Ce creuset a donné naissance à une culture de tolérance et à des merveilles architecturales telles que l'Alhambra, le palais des princes de Grenade classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Mais tout a été détruit par les rois très catholiques et la "sainte" inquisition.
Ce passé conflictuel a laissé des villes recroquevillées sur elles-même comme Sorbas avec une campagne particulièrement dépeuplée.
L'Andalousie a surfé sur la vague de la spéculation immobiliaire et le mirage de l'argent facile. Elle a joué. Elle a perdu! Aujourd'hui le chômage, à plus de 25% en Espagne, doit certainement dépasser les 30 % sur la rive Sud du pays. Les chantiers interrompus et les panneaux de vente de logements prolifèrent. Des indignés espagnols viendra peut être la révolution sociale attendue où le bien être de la population sera préféré aux intérêts des rentiers. Ok je range mon drapeau rouge et noir...
En ce mois d'Octobre, l'été n'en finit pas... Les plages montrent ses formes (ou bien se sont les formes qui se montrent sur la plage)... Le soleil brille... et la grisaille orléanaise m'attend au retour accompagnée la vie estudiantine stressée. Peut être un peu vieux pour des études. En tout cas une nouvelle aventure où il va falloir serrer les dents... et je compte déjà les jours où je pourrais reprendre ma sainte liberté!